Sara Al Madani : « Chaque risque en vaut la peine »

7 min de lecture
Entrepreneuse, fonceuse, formatrice : Sara Al Madani ne fait pas les choses à moitié. Dans cette entrevue, la femme d’affaire émiratie s’exprime sur la place de la femme dans la société, le partage du succès et comment elle apprend de ses erreurs.

Le 14 janvier 2021

Activer les notifications push

Mobilité innovante, futures tendances captivantes et tours/minute élevés : Inscrivez-vous dès maintenant pour être informé des dernières actualités.

Abonnement réussi.

Abonnement échoué.

Si vous avez besoin d'aide, suivez le lien pour obtenir de l'aide.

En vidéo : Sara Al Madani et sa trajectoire personnelle

En ces temps de grande incertitude, toute personnalité inspirante joue un rôle important dans la cohésion de la société. Son succès personnel peut fournir à la fois matière à réflexion et à motivation. À tout juste 34 ans, Sara Al Madani s’est déjà forgé une certaine réputation comme créatrice de mode, entrepreneuse en série et influenceuse. Originaire de Sharjah, dans les Émirats arabes unis, la volonté, la confiance et l’indépendance d’esprit de Sara Al Madani se sont révélés dès son jeune âge. Elle a créé sa propre marque de mode à 15 ans avec pour ambition de changer la façon de s’habiller des femmes arabes. Sa vision moderne et unique de la « abaya » a trouvé de nombreux fans du Moyen-Orient à l’Afrique.

Mais connaître le succès dans la mode n’a jamais été suffisant pour Sara Al Madani. Elle a aussi créé d’autres entreprises dans divers domaines. Notamment Social Fish, société de conseil en marketing et réseaux sociaux, et Proposal Cupid, entreprise d’événementiel pour tout ce qui a trait au mariage. Sara Al Madani est également associée à un fournisseur de d’équipements médicaux et à un restaurant à Dubaï, tandis que sa création la plus récente est une plate-forme de messages vidéo personnalisés par des célébrités. En reconnaissance de tout son travail, Sara Al Madani a été membre du conseil des PME pour le Ministère de l’économie des E.A.U. et à la Chambre de commerce de Sharjah, de quoi renforcer son rôle de femme influente.

Dans notre entrevue, la jeune femme émiratie, évoque son développement personnel : son désir de se démarquer, pourquoi elle cherche à casser le stéréotype de genre et comment sa maternité a transformé sa vie de femme dirigeante ainsi que sa vie privée.

Sara Al Madani, vous n’aviez que 15 ans quand vous avez créé votre entreprise de mode, pas vraiment le loisir habituel d’une adolescente. Quelle était votre motivation ?

Sara Al Madani : Difficile à dire. Je pense que c’est probablement dû au fait que je voulais être financièrement indépendante. Chaque fois que je voulais quelque chose, mon père me disait que je devais travailler dur pour l’obtenir. Je me suis donc dit, pourquoi travailler dur pour mon père afin d’obtenir ce que je veux et ne pas plutôt l’obtenir moi-même ? Un jour, alors que j’étais en voiture avec mes parents, nous sommes passés devant un grand panneau publicitaire pour la location d’une boutique. Je l’ai regardé et je me suis dit : « Je la veux ». Je l’ai visitée à de nombreuses reprises, jusqu’à ce que je conclue l’affaire. J’ai pris plusieurs emplois à l’insu de mes parents : j’ai été mannequin, j’ai vendu des boissons sans alcool dans le centre commercial, j’ai fait énormément de choses pour gagner l’argent dont j’avais besoin pour louer la boutique.

Comment cela s’est-il passé ? Les gens ont-ils compris ce que vous vouliez faire ?

Sara Al Madani : Commencer à travailler aussi jeune dans cette région du monde n’entre pas du tout dans la norme culturelle. Je sais que certains le font dans d’autres pays, mais le mien était encore lui-même jeune quand j’ai démarré. Ce n’était pas quelque chose de normal ou d’habituel, mais j’aimais le fait que cela me rendre différente. J’avais une histoire à raconter qui n’avait rien à voir avec celles des autres jeunes autour de moi. Et j’ai toujours su que je ne voulais pas me fondre dans la masse. Aimer sa différence permet de se démarquer. Si vous me demandiez ce que je veux retirer de ma vie, je vous répondrais toujours que « je veux qu’on ne m’oublie jamais. »

Libérez-vous de tout stéréotype, cela vous entrave. Continuez d’avancer.
Sara Al Madani

C’est cela le succès selon vous ? Faire des choses qui feront qu’on ne vous oubliera pas ?

Sara Al Madani : De mon point de vue, le succès consiste à faire des choses pour moi-même, puis d’en tirer parti pour en faire profiter d’autres personnes. On se grandit en aidant les autres. Si vous trouvez votre voie, votre passion, alors vous pouvez rencontrer le succès. La vie vous le rend. Mais qu’en faites-vous pour les autres ? Pour moi, pour connaître vraiment le succès, il est important d’impliquer d’autres personnes et de leur faire bénéficier de la réussite en retour.

Sur quoi vous reposez-vous pour être une femme chef d’entreprise qui réussit ?

Sara Al Madani : L’un des éléments les plus importants est la personnalité, ce que beaucoup oublient. Ils pensent que l’esprit d’entreprise, c’est d’avoir une grande idée ou beaucoup d’argent. Mais si vous n’avez pas le bon état d’esprit, alors vous ne tenez pas longtemps. Pour réussir, vous devez savoir faire le dos rond et vous corriger, évoluer pour vous adapter à la situation. Un entrepreneur est quelqu’un qui a la volonté de faire tout le nécessaire pour atteindre son objectif. C’est très exigeant. Être dirigeante n’est pas chose facile.

Comment gérez-vous l’adversité et les situations difficiles quand elles se présentent ?

Sara Al Madani : Tout d’abord, je me laisse 48 heures pour évacuer physiquement. Il m’arrive d’aller à la plage ou d’aller en montagne pour simplement crier une fois en haut. Nous devons comprendre que la colère est une énergie physique présente dans notre corps. Il faut la laisser s’évacuer physiquement. Je me laisse donc 48 heures, après tout c’est simplement une question de discipline. Ensuite, je m’assois et j’analyse mes erreurs. C’est comme cela que je change, que je progresse et que j’évolue. Je pense que j’ai beaucoup appris en me plongeant dans des choses que je ne maîtrisais pas au départ. Cependant, je m’assure qu’il est question de mes choix. Je ne me focalise pas sur les autres ou sur ce qu’ils ont pu me faire. Je ne fais pas de moi une victime. Le fait qu’un échec vous accable ou vous rend plus fort dépend de vous.

Chaque risque pris en vaut la peine, qu’il soit payant ou non, car une leçon peut être tirée de tout dans la vie.
Sara Al Madani

Diriez-vous que vous êtes une fonceuse ?

Sara Al Madani : Oui. Chaque risque pris en vaut la peine, qu’il soit payant ou non, car une leçon peut être tirée de tout dans la vie. Si j’ai pris un risque mais que cela n’a rien donné, j’en tire la leçon. Si cela a porté ses fruits, tant mieux. Je n’y réfléchis pas trop. Il faut le voir de cette manière : quand vous faites quelque chose, vos chances de réussite sont de 50:50. Dans la société, pourquoi tout le monde se focalise sur les 50 % de risque d’échec ? Moi, je me concentre sur les 50 % de chance de réussite.

Après avoir commencé dans la mode, vous vous êtes de plus en plus engagée dans la technologie. Pourquoi avoir pris ce virage ?

Sara Al Madani : J’assistais à une conférence au cours de laquelle j’ai entendu que le monde de la technologie était réservé aux hommes. J’ai immédiatement pensé : « Il faut que je m’y mette. » Je me suis donc plongée dans le secteur de la technologie et, aujourd’hui, deux tiers de mes entreprises sont présentes dans ce secteur. Je veux être active dans la technologie, parce que je veux promouvoir l’éthique dans ce secteur, représenter un exemple de vision d’entreprise inspirante. J’entends en permanence que la technologie va remplacer les gens. Mais supprimer la part d’humanité n’est pas souhaitable pour moi. Je ne veux pas participer à cela. Je veux être une entrepreneuse qui respecte l’éthique.

Émissions de CO2 252 − 248 g/km (cycle combiné)
Consommation de carburant 11 − 10,9 l/100 km (cycle combiné)

Vous êtes très active dans la lutte pour l’égalité des sexes.

Sara Al Madani : La première chose que j’ai faite, c’est de me libérer du stéréotype me dictant ce que je devrais faire et ne pas faire en tant que femme : ne travailler que dans des secteurs féminins, simplement rester chez soi pour s’occuper des enfants. Tout cela ne résonnait pas en moi. Je crois en l’égalité homme femme, qu’il faut se libérer du sexisme et prendre ce que la vie a à vous offrir. Nous méritons tous une chance, les femmes entrepreneures y compris.

Quel effet a eu votre maternité sur votre carrière et votre manière de travailler ?

Sara Al Madani : Depuis que je suis devenue mère, j’ai progressé dans mon leadership féminin, parce que mes gènes de l’empathie et de la compassion sont activés pour le restant de ma vie. Je sais mieux trouver l’équilibre entre émotions et rationalité, faire preuve d’intelligence émotionnelle. Quand j’étais enceinte, beaucoup de gens, dont de nombreuses femmes, me disaient que quand on devient mère, on peut oublier ses rêves et ses ambitions : votre rôle principal est celui de mère. Mais j’ai ensuite compris qu’un enfant n’a pas simplement besoin d’une mère, il a besoin d’une mère heureuse. Comment pourrait-elle l’être si elle ne peut pas réaliser pas ses rêves ou se battre pour atteindre ses objectifs ? Depuis que j’ai donné naissance à mon fils, je suis à la tête de sept entreprises. Auparavant, quand je n’avais à m’occuper que de moi, je n’en avais qu’une. La maternité m’a donné envie d’essayer de léguer quelque chose à mes enfants.

Photos : CNN ; Auteure : Geoff Poulton ; Vidéo : CNN